Yves,

Mon frère, notre grand frère. Yvanohe, comme nous appelait Papa que tu as rejoins.

Yvanohe, la fratrie que nous serons toujours.

Yves, la force tranquille, l’énergie lumineuse que tu partages avec Alice et que Morgane et Sandra aussi portent en elles. Tu savais rendre plus doux les moments diciles, tu étais vrai, tu savais ce qui est essentiel et à protéger.

Tu savais la Terre et la nature mieux que personne.

Tu continueras de nous guider sur les chemins de demain, comme tu nous guidais dans les montagnes.

Tu continueras de nous sourire, de nous réconforter, de nous apaiser, Maman, ta famille, nous tous, tes amis qui

t‘aimons et tout ceux que tu as inspirés et que tu continueras d’inspirer.

Odile,

Le 4 Mars 2021

Papa,

Septembre 1990, j’avais quelques mois à peine, tu partais à l’ascension du sommet du monde.

L’Everest. Un rêve à 8000 mètres au-dessus des nuages. Je me souviens, petite, te demander impressionnée et étonnée : “Papa, pourquoi tu n’es pas allé jusqu’en haut alors que tu étais presque arrivé au sommet ?” La réponse, venant de toi, m’a profondément marquée : “parce que c’était trop dur”. Des années plus tard, j’ai su que ce jour-là, un petit miracle, de ceux qui

accompagnent la vie des amoureux de la montagne, nous a offert trente merveilleuses années à tes côtés avec Maman et Sandra.

Tu nous as amenées partout, aux Etats-Unis, en Afrique, en Jordanie, et plus récemment au Népal, sans oublier les week-ends à Fontainebleau, les vacances à Grand Roc.

Je me souviens du bonheur d’apprendre à skier avec toi sur les pistes de Thollon.

Tu nous tenais contre ta jambe, avec les bâtons en travers. Quelques hivers plus tard, nous faisions la course en tout schuss dans la descente des Vieilles Cases.

L’été, c’étaient les après-midis à la piscine derrière le chalet et les traditionnelles Cornettes de Bise, juste un gros tas de cailloux comme j’aimais le dire pour te taquiner.

En arrivant aux Matelles, tu t’es pris de passion pour le jardin. Il y a quelques mois nous avons jardiné ensemble et préparé quelques boutures pour le jardin de Mamie à Sèvres.

Nous continuerons à prendre soin de ces deux jardins où tu es tellement présent.

Morgane

Le  4 Mars 2021

Ce soir-là, le Pic Saint Loup était triste.

Les Grandes Jorasses aussi. L’Ama Dablam, le Chopicalqui, le Ketil, le Mont Vinson, le Dolpo, l’Everest et tant d’autres saluaient un grand de la montagne. Chacune d’entre elles, à sa manière, se remémorait sa rencontre avec lui. La mienne remonte à 2013.

Depuis, Yves occupe une place particulière dans mon coeur aux côtés de sa fille.

Ma gratitude est immense, mon admiration aussi. Les moments que nous avons partagés tous les cinq font partie de mes souvenirs les plus intenses. J’aime repenser aux nombreux paysages découverts ensemble : les Cévennes, la Lozère, le Tarn, les Côtes d’Armor,

Le Champsaur, le Dolpo et tant d’autres. Parmi tous ces paysages, le Népal restera celui qui m’a le plus marqué. L’appréhension de l’inconnu était grande, les maux de tête aussi mais les joies aux sommets étaient tellement intenses. Partout où il nous emmenait, il avait toujours le même plaisir de nous faire découvrir ce qui le rendait si heureux. Si je redoutais l’escalade, le jardin nous rapprochait. Avec Mo, nous revenions toujours aux Matelles avec l’idée de pouvoir mettre les mains dans la terre ensemble avec lui et Alice. Ces

moments simples nous apaisaient profondément.

Un grand paysagiste disait que pour faire un jardin, il fait un morceau de terre et l’éternité.

Yves nous l’apportera dans chaque nouveau jardin que nous dessinerons en commençant

par celui de Sèvres.

Alice, Morgane et Sandra, c’était un honneur de le rencontrer. Il est si précieux d’appartenir à sa famille.

Je vous aime

Timothée

Le  4 Mars 2021

Yves était un chercheur renommé, un grand alpiniste, mais par-dessus tout, c’était un grand amoureux de la vie.

Cela ne suffit pas à expliquer l’admiration et l’affection que nous lui portions tous. Son palmarès est certes impressionnant, l’eût-il réalisé sur deux jambes : l’Ama Dablan, le Col Sud de l’Everest, le Nose entièrement en tête, le Ketil au Groenland, les grandes voies de Taria et du Wadi Rum, des premières au Ladakh, goulottes et cascades un peu partout…

Bien sûr, c’était un grimpeur d’une grâce exceptionnelle, doué d’un sens du geste et du terrain que j’ai rarement rencontré. C’était vrai dans les difficultés, mais aussi dans les terrains les plus pourris : malgré sa prothèse, jamais il n’a fait partir le moindre caillou.

​Beaucoup de grimpeurs de falaises ont eu maille à partir avec les martinets, ces petits migrateurs effrontés, qui ne supportent pas qu’on vienne sur leur territoire, et qui ne sont à l’aise que dans des surfaces verticales, parce que « leurs ailes trop grandes les empêchent de marcher ».
Yves était l’un d’eux : sa prothèse pouvait l’entraver dans les terrains pénibles des approches et des descentes, mais son monde était la verticalité : il était fait pour vivre en l’air.

​Au-delà de ces qualités sportives, j’ai rencontré peu d’êtres aussi sensibles aux autres. Doué, il l’était, et il le savait. Mais pour lui, le

« don » allait dans les deux sens : ce que la nature lui avait donné, il fallait aussi qu’il le donne. Car cet amoureux de la vie était une sorte de thaumaturge : l’amputation de sa jambe, à dix sept ans, lui avait redonné la vie ; pas question, dès lors,  de laisser les autres renoncer. Je l’ai vu littéralement forcer une amie accidentée à revenir sur les falaises, à renouer avec la passion dont elle était décidée à faire le deuil. Sans compter, bien sûr, le temps qu’il avait consacré au sein de l’association handisport.

 

Et s’il était peu tenté par la starisation – dont il aurait pu si facilement jouir – c’est que sa quête et sa force n’attendaient rien de la reconnaissance des autres. Il ne suffisait pas qu’il grimpe à un haut niveau, qu’il remplisse une liste de courses que beaucoup lui envieraient : pour lui, jouir totalement de la maîtrise de son corps, c’était accomplir non ce que son corps lui permettait, mais ce qu’a priori, son corps lui interdisait. Ainsi, il lui était beaucoup moins aisé de faire de longues marches, ou de la randonnée à ski, que de grimper ; et c’est justement pourquoi il adorait les grandes randonnées dans ses Cévennes, dans les Alpes et les treks au Népal. Je me souviens d’un séjour au Ladakh, où, au cours d’un trek, nous avions gravi quelques beaux sommets assez raides pour repartir satisfaits de notre séjour. A la n de la dernière ascension, il avait tant maigri que sa prothèse n’adhérait plus à sa jambe. Nous aurions pu redescendre dans la vallée. Mais alors, nous aurions écourté le trek, ce qu’il n’a voulu à aucun prix.

La première, c’est par rapport aux autres (puisque c’est un nombre ordinal, qui veut dire que les autres n’y étaient pas avant, et qu’il y en aurait d’autres après) ; l’achèvement du trek, parcouru annuellement par des centaines de touristes, c’était par rapport à lui. Voilà pourquoi la starisation, qui ne marquait que la reconnaissance des autres, l’intéressait si peu.

Voilà aussi pourquoi il est irremplaçable.

Robert Wainer

Le 3 Mars 2021

Bonjour,

Enseignants et chercheurs de Rennes, nous avons appris le décès brutal d'Yves Le Bissonnais qui nous a tous rempli de stupeur.
Nous avons eu l'occasion de collaborer avec Yves dans de nombreux programmes, dès les années 1990. Il nous avait ensuite aidé dans l'enseignement, les tests de stabilité structurale, les modèles de prédiction de l'érosion et il nous a inspiré dans les modèles de transfert de pesticides. Tout un panel d'approches et de méthodes dont nous nous servons encore au quotidien dans nos travaux de recherche sur les sols. Dans un passé récent, nous avons piloté ensemble un programme de recherche qui cherchait à  quantifier l'effet des haies sur l'érosion.
Lors de tous ces travaux en commun, nous avons apprécié la rigueur de son approche, mais aussi sa capacité à synthétiser les connaissances existantes pour proposer des approches qui soient applicables sur de larges territoires. Il était ainsi incontestablement le meilleur spécialiste français de l'érosion des sols et bénéficiait d'une notoriété scientifique sur le sujet qui était reconnue à l'échelle internationale. 
Yves était également une personne aux qualités humaines tout à fait remarquables. Nous savions qu'il était un alpiniste de renom, très engagé dans le mouvement handisport et s'engageant dans des expéditions en montagne de grande envergure. Mais, il ne s'en prévalait pas et restait très humble dans ses relations professionnelles, tout en étant très ouvert aux autres et notamment aux étudiants qu'il encadrait.
Hommage donc à Yves pour sa carrière scientifique et pour son humanité.

Christian Walter 
au nom des chercheurs et enseignants-chercheurs de l'UMR SAS
Le 3 Mars 2021

Un héros a combattu,

Les montagnes mal bâties,

Malgré ce ciel obscur,

Il vit dans nos murmures,

Dans nos souvenirs,

Dans nos cœurs.

 

Abdoulaye

Le 3 Mars 2021